Rencontre avec Para One : « je suis du côté de l’innovation »

En 2006, Para One publiait Epiphanie, un premier album perso après quelques productions pour TTC. Para One symbolisait alors, aux côtés des Justice et Surkin entre autres, une bouffée d’air frais pour la scène électro française, mais aussi internationale. 10 ans plus tard, Jean Baptiste de Laubier de son vrai nom, regarde toujours de l’avant, entre innovation musicale et projet de long métrage. Rencontre avec cet artiste multi-casquette lors du Festival Lives au Pont le vendredi 7 juillet !

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On te connaît producteur, dj, réalisateur de moyen métrage, boss de label ou encore producteur de bande originale. Après plus 15 années d’activité, qu’est ce qui t’excite aujourd’hui le plus ?

C’est peut-être très banal à dire mais c’est la découverte de nouveaux sons, explorer de nouveaux styles et de m’inspirer de ce qui se passe en ce moment, aussi bien dans la musique que dans le monde pour essayer de renouveler et de changer mon approche tout le temps. Ce que j’aime faire, c’est prendre le contre pied, ne pas faire deux fois la même chose. Tant que j’arriverai à ne pas me répéter, je serai excité. Dès que je rentre dans un système où on me demande de refaire la même chose, ça me fait chier et là, je change.

J’ai lu que tu dormais peu et que tu avais parfois du mal à réaliser tout ce qu’il se passait dans ton quotidien. Continue tu d’immortaliser avec ta petite caméra tout tes déplacements, tes voyages ?

J’ai toujours un truc sur moi que ce soit un Iphone, une camera, un appareil photo pour essayer d’attraper ce que je vois autour de moi. J’ai la chance de beaucoup voyager et de voir pas mal de trucs assez hallucinants. J’essaie de les capturer et d’en faire un truc.

It Was on Earth That I Knew Joy que tu avais réalisé pour Sixpack était un film assez bouleversant voire angoissant. Il a été pourtant conçu à partir d’images enregistrées lors de 4 ou 5 années de ton quotidien ! As tu été toi même surpris au fur et à mesure du montage ou par le résultat final ?

C’était en fait assez intuitif. J’avais ces images filmées, qui ont commencé à m’obséder. J’ai alors imaginé une histoire à partir d’elles. Je ne pensais pas forcément à quelque chose d’angoissant, enfin … je savais que ce serait un truc apocalyptique, sur ce que je ressentais à ce moment de ma vie et du monde qui m’entourait. Mais tu sais, comme pour la musique, je fais çà à l’intuition. Tu ne réalises seulement après ce que tu fais, tu travailles un peu à l’aveugle et d’un seul coup, tu te dis « ah ouais, voila la portée que ça peut avoir ».

DSCF6947Musicalement, tu dis être revenu à l’utilisation de machines de tout âge, et plus forcément au son numérique comme cela a pu être le cas plus jeune. Une attitude à l’inverse de ce que laisse imaginer ton film où les robots viennent à bouffer l’être humain non ?

C’est vrai, mon approche musicale, c’est aller de plus en plus vers la main humaine, vers l’esprit et le cœur humain. Quand j’ai commencé la musique, c’était très robotique et plus le temps a passé et plus j’ai eu envie d’être maître de moi-même, de mes émotions et moins de l’approche organique dans mon travail . Et effectivement, en passant à l’analogique, à travers des musiciens traditionnels (au Maroc, au japon, en Afrique du sud…), j’accentue encore plus ce coté humain des choses.

En 2006, avec les labels Institubes et Ed Banger, que certains quaifier de French Touch 2.0, vous aviez développé tout un mode de vie, un état esprit. Vous sembliez dégager une puissance d’influence énormissime. Les jeunes se déplaçaient à vos dates avec des tshirt sixpack, tracker le moindre nouveau morceau… Aujourd’hui, est ce que tu reconnais une génération d’artiste capable d’endosser ce costume de leader, avec un son novateur et un certain charisme ?

Je pense que chaque génération a des leaders intéressants. Ce soir par exemple, on voit Nekfeu qui monte sur scène, je trouve ça assez impressionnant. Tu vois le mec, il bosse, c’est aussi un succès populaire hyper fort, c’est hyper carré, hyper professionnel. Evidemment, ce n’est pas ma génération, mais j’étais en contact avec la bande de 1995, ce sont des mecs que j’apprécie, je vois le taff, je vois le résultat, je suis impressionné… Je ne fais pas partie de cette école là, de cette vague là, mais je pense que le jour où je verrais des nouveaux, arriver, et me dire « non, ça ne me touche pas, ça ne me plait pas », ce sera alors terminé pour moi, j’aurais vieilli… Je pense qu’il faut toujours être du coté de l’innovation, de ce qui touche une nouvelle génération. Donc je regarde cette nouvelle génération avec beaucoup de curiosité.

Busy P avouait récemment être fan de la house music outre atlantique… Mais Pedro qui joue des morceaux d’il y a 20 ans, n’est ce pas aussi une forme d’aveu d’impuissance ?

Non, au contraire je pense… Pedro c’est un retour vers son kiff originel, ce qu’il a toujours aimé, c’est un mec qui est très stable dans ce qu’il aime. Il y a des choses qu’il a toujours aimé, depuis l’adolescence, depuis quasiment l’enfance et il reste passionné par ces trucs là. Cela a pris plusieurs formes, comme avec l’avènement Ed Banger, Justice etc.. Aujourd’hui il y a une autre approche, un autre son, et je pense que c’est plutôt l’envie d’un mec qui a passé la quarantaine et qui a envie de se faire kiffer et de partir avec ses potes. Au Sonar par exemple, on jouait de la musique de maintenant comme d’il y a 20 ans… Je pense qu’il peut faire le pont entre plusieurs générations, c’est son rôle aussi et il le fait très bien.

DSCF6947Tu as sorti en juillet 2015 l’Ep « Elevation » chez Ed Banger ! Comment s’est fait cette collaboration avec le label de Pedro ?

Très simplement… J’avais fait le morceau et Marble (son label avec Surkin et Bobmo) était en train de s’essouffler. Surkin avait son projet Gener8ion, alors que j’avais mon projet de long métrage qui est toujours d’actualité. Club cheval était également en train de faire leur album. C’était compliqué de travailler Marble aussi bien qu’avant, on a donc décidé d’arrêter. Le morceau parlait à Pedro qui m’a naturellement proposé de le sortir chez Ed Banger. Ed Banger est une maison, une maison naturelle car j’étais chez eux en édition en 2005 déjà, ça fait donc très longtemps qu’on travaille ensemble. Il s’agissait d’une suite logique qui s’est poursuivie sur scène avec le délire Ed Banger house party.

J’avais lu aussi que tu avais apprécié le dernier album de Brodinski, un album très hiphop pour un artiste électro. Tu as une certaine passion pour le rap, est ce que tu te verrais sortir un album du genre avec des collaborations ?

Je ne me vois pas faire un album de producteur de collaborations comme ça. Ca n’a jamais été une envie chez moi. J’ai apprécié l’album de Brodinski et trouvé sa démarche très pertinente. C’est un mec qui prend des risques. Il enregistre avec des mecs à Atlanta, il a construit son réseau… c’est vraiment une démarche personnelle ! Il n’est pas la où on l’attend. On pourrait l’imaginer en dj techno qui cartonne tous ses festivals, alors qu’il préfère se faire plaisir. Je trouve ça assez fort, il fait partie des gens qui ne font pas fait des choix de carrière basic, genre « ça marche, je continue ». Je me sens assez proche de lui à ce niveau là, de se tourner toujours vers le nouveau, ce qu’il met en danger aussi.

Dans un futur proche, va t’on entendre parler de Para One (musique), ou de Jean Baptiste de Laubier (film) ?

J’espère sous Jean Baptiste car c‘est le nom sous lequel je signe mes films ! On est dessus, ça prend des années, c’est une aventure très longue pour moi, et c’est aussi une grande prise de risques. Mais encore une fois, c’est ce que j’aime. Je mets tout et on verra bien si j’ai quelque chose à faire dans le ciné et quelque chose à raconter !

Le resultat de ta petite caméra ?

Non, ça sera une plus grosse caméra, mais avec la même personne derrière en tout cas !

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Oh Marcel x Para One

Crédit des photos :  Blog 20h14

Merci à Para One, Festival Lives au Pont, Agence Lullabycom

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